Deux regards entrelacés pour comprendre notre époque
Cet axe adopte une vision macroscopique et prospective, articulant deux perspectives complémentaires :
1. LA GÉOPOLITIQUE DES SAVOIRS
Il ne s'agit plus seulement de cartographier les frontières territoriales, mais les flux de connaissances. Qui produit le savoir ? Dans quelle langue ? Selon quels standards ? L'anglais comme lingua franca scientifique n'est pas neutre : il véhicule des façons de penser, des méthodologies, des priorités de recherche. Les universités et think tanks deviennent des instruments dans la compétition internationale, tandis que les modèles éducatifs sont exportés comme des armes d'influence douce.
2. LES FUTURS ANTHROPOLOGIQUES
Quel être humain ces technologies et ces rapports de force sont-ils en train de façonner ? Vers quelle humanité tendons-nous :
Augmentée par les promesses transhumanistes ?
Surveillée par le capitalisme de plateforme ?
Fragmentée en bulles cognitives isolées ?
Symbiotique, trouvant un nouvel équilibre avec le vivant et la technique ?
Ces questions ne sont pas spéculatives : elles sont déjà inscrites dans les choix technologiques et éducatifs d'aujourd'hui.
Concepts clés pour décoder les batailles cognitives
Soft power et influence cognitive : La véritable puissance ne se mesure plus seulement aux armées ou à l'économie, mais à la capacité de modeler les préférences, les valeurs et les cadres de pensée des autres. Une série Netflix, un programme d'échange universitaire, un modèle d'IA peuvent être plus efficaces qu'un traité diplomatique.
Souveraineté numérique et cognitive : Face à l'hégémonie des GAFAM et à la standardisation anglo-saxonne, des communautés comme la Francophonie doivent défendre leur droit à maîtriser leurs infrastructures, leurs données, leurs récits et leurs modèles éducatifs. C'est une question de survie culturelle et intellectuelle.
Épistémicides : Ce terme fort désigne la destruction ou la marginalisation systématique de systèmes de connaissances non-occidentaux. Quand une langue disparaît, quand un savoir traditionnel est disqualifié, quand une méthodologie locale est ignorée, c'est une part de l'humanité qui s'efface.
Imaginaires technologiques : Les récits de la Silicon Valley - progrès linéaire, disruption permanente, croissance infinie - façonnent notre vision de l'avenir et évacuent d'autres possibles. Résister, c'est aussi produire des contre-récits, des futurs alternatifs.
L'échelle stratégique de la diplomatie cognitive
Cet axe constitue l'échelle stratégique de notre réflexion. Il fournit à la fois :
La cartographie du terrain : Qui sont les acteurs ? Où sont les lignes de fracture ? Quelles sont les alliances possibles ?
L'horizon des possibles : Pour quoi se bat-on ? Quel avenir voulons-nous promouvoir ? Quels scénarios souhaitons-nous éviter ?
Cette double perspective est essentielle pour passer de l'action locale (concevoir un cours, choisir un outil pédagogique) à la vision globale nécessaire pour conseiller une institution, définir une politique éducative ou négocier un partenariat international.
La géopolitique des savoirs nous apprend que toute connaissance est située, intéressée, engagée. Les futurs anthropologiques nous rappellent que nos choix technologiques et éducatifs d'aujourd'hui sculptent l'humanité de demain. Entre ces deux pôles - l'analyse des rapports de force actuels et l'imagination des possibles futurs - se joue notre capacité collective à orienter le cours des transformations en cours.
Cet axe dialogue constamment avec les deux autres : la pédagogie critique forme les esprits capables de comprendre ces enjeux ; l'IA en est à la fois l'outil et le symptôme. Ensemble, ils forment une boussole pour naviguer dans les eaux troubles du siècle cognitif.